A la découverte des Gorges oubliées des Raspes

 

Pendant le Salon des blogueurs voyage #WAT18 organisé à Millau, nous sommes parties une journée avec quatre autres blogueurs à la découverte des Gorges des Raspes, une partie du Tarn située en aval de Millau (à l’ouest quoi). Tout le monde connait les fameuses Gorges du Tarn et pourtant les Raspes restent méconnues – et donc plus tranquilles ! Ça tombe bien, on aime les coins tranquilles.

Les Raspes donc, ce sont des falaises, des collines sauvages, des lacs ombrageux qui donnent envie de méditer à la recherche de l’illumination. Ce sont des petits villages perchés avec des maisons en pierre tellement typiques que l’on risque une overdose de pittoresque, mais c’est aussi, et heureusement pour nous, une terre d’histoire. Et en plus, on y mange toutes les deux heures et croyez-nous, on y mange bien ! En bref, un coin qui regorge de trésors à découvrir. Allez, on vous emmène.

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Six blogueurs et un chaton

Sur la route sinueuse qui nous mène jusqu’à Brousse-le-Château, notre guide David nous explique ce que signifie le terme « Raspes » : il vient de l’occitan raspar, qui évoque des défilés encaissés, râpés par l’érosion. Il est rare qu’un endroit porte aussi bien son nom. Ce matin de printemps, la route est superbe, passant d’une vallée à l’autre et dévoilant des méandres verdoyants et minéraux le long de la rivière. C’est sauvage sans être austère. Ça nous plait déjà !

Arrivés à Brousse-le-Château, nous faisons connaissance avec Charlène et Théorème, nos autres guides, le temps d’un café. Le château se trouve à la confluence du Tarn et de l’Alrance. Site naturel superbe + site historique de ouf = combinaison gagnante ! Au moment où nous allons franchir le pont de pierre qui date de 1366 pour accéder au village surgit le plus mignon des chatons qui se prélasse juste pour nous sur les vieilles pierres. Nous, les six blogueurs, nous extasions devant un chaton alors que nous avons mille ans d’histoire sous les yeux !! « Mais qui sont ces gens ? », se demandent nos guides pendant que nous inventons des hashtags du genre : #AveyronChaton et #AveyronMignon. Passons.

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Brousse-le-Château est classé parmi les « Plus Beaux Villages de France » et on comprend facilement pourquoi. La forteresse est particulièrement bien conservée et présente des points de vue vertigineux sur les alentours. Notre guide nous explique comment vivaient les gens du Moyen-Âge, cette période mal-aimée sur laquelle nous avons aujourd’hui encore tant de préjugés. Le château porte les marques de différentes époques et de différents propriétaires, que ce soient les comtes de Rouergue, les comtes de Toulouse, les comtes de Rodez ou les Arpajon. Son histoire montre bien comment cette région qui peut paraitre isolée a toujours été fréquentée en fait. Le village en lui-même compte de nombreuses maisons d’époque remarquablement bien conservées, avec ces toits de lauze très caractéristiques.

Mais une visite aveyronnaise, on le comprendra tout au long de la journée, ce n’est pas juste du patrimoine architectural. Pendant que nous admirons la vue sur la terrasse fleurie et ensoleillée du château, deux dames du village installent à notre intention un apéro impressionnant : plateau de charcuteries et de farçous (le falafel local, mais avec de la viande dedans), feuilletés au roquefort et flaune maison (un genre de quiche sucrée), tout ça accompagné de jus de fruits et de vins locaux. Wow. On ne plaisante pas avec l’accueil ici. Apéro #1 : check.

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Les murales de Saint-Victor

Cette fois, c’est une route super sinueuse qui nous emmène jusqu’à Saint-Victor. Et oui, en Aveyron il y a des routes sinueuses, des routes super sinueuses et des routes méga sinueuses. Ça boulègue un peu la flaune, comme on dit, mais on arrive indemnes dans ce ravissant village que les amateurs d’art mural adoreront.

Francis, le père de David, nous fait visiter l’église entièrement décorée de fresques murales néo-byzantines de Nicolaï Greschny. Et Francis, on sent qu’il pourrait parler des heures de cet endroit. Il nous parle de Greschny, un artiste qu’on ne connaissait pas du tout alors qu’il a réintroduit l’art de la fresque en France. Né en 1912 à Tallinn, en Estonie, il hérite de la passion familiale pour la peinture. Ses études ainsi que l’histoire mouvementée du 20ème siècle l’amènent jusqu’en Occitanie, où il a peint des fresques dans plus de 70 sites.

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Dans l’église de Saint-Victor, l’effet d’ensemble est néo-byzantin en effet mais en regardant plus attentivement, des éléments rappellent la tradition des murales mexicains, l’inspiration socialiste et bien sûr l’ancrage occitan puisque les citations de la Bible en latin sont sous-titrées dans la langue du pays. Au final, ça produit une impression de sacré et de syncrétisme vraiment unique.

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Pour compléter la visite, un centre d’interprétation spécialisé dans l’art mural se trouve juste à côté. Il retrace l’histoire de ce type d’art, depuis les fresques préhistoriques jusqu’au street art. On n’a pas eu beaucoup le temps d’y rester, mais ça donnait envie de revenir.

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Et bien sûr… un apéro nous attend dans le centre d’interprétation ! On goûte de petites tartines d’une confiture qui a été conçue pour aller avec les fresques de Greschny. On adore l’idée de faire correspondre des peintures à des saveurs ! C’est vraiment un pays d’esthètes par ici. La confiture était douce et épicée, super bonne. Accompagnée d’un petit vin local évidemment ! Apéro #2 : check.

AligotMan vs FarçouGirl

Bon ben après tout ça, il est temps de passer à table ! On est accueillis aux Toqués du Truel, un petit village sur les bords du Tarn. Les propriétaires ont très gentiment préparé des versions végétariennes de leurs bons plats pour nous. (Même s’il faut avouer que notre végétarisme en a pris un sacré coup durant ce séjour !) Pressé chèvre-tomates en entrée, aligot et légumes grillés ensuite, gâteau à la châtaigne et glace au lait d’amande en dessert. On se régale. C’est l’occasion de mieux connaitre les copains blogueurs et nos deux guides, et ce moment bien convivial se termine je ne sais comment en bataille de pouces entre Hélène, alias FarçouGirl, et Patrick, alias AligotMan. Mais ce qui se passe en Aveyron reste en Aveyron.

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J’aime les panoramas

Ensuite, nous suivons la rivière. Souvent, il suffit de suivre un cours d’eau pour comprendre l’histoire de sa région. C’est le cas ici.

Une petite halte à Ayssènes nous permet d’admirer un spectaculaire méandre du Tarn depuis un promontoire en bois à 360 degrés. La vallée est aujourd’hui forestière et relativement inhabitée alors qu’elle abritait avant des cultures en terrasses. A Ayssènes, on peut aussi en savoir plus sur la châtaigne, l’une des ressources emblématiques de la région, à la Maison de la Châtaigne. La boutique est très sympa : on y a acheté du miel et de la bière à la châtaigne, le minimum vital quoi.

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Puis de l’ambiance médiévale on descend vers le vingtième siècle et le barrage de Pinet. Construit une première fois dans les années 1920 puis reconstruit pour mieux résister aux crues dans les années 1980, il témoigne de l’histoire industrielle des lieux. Le site est vertigineux et on imagine combien les travaux étaient impressionnants. Ils ont apporté leur lot de travailleurs, qui sont passés et repartis vers d’autres grands chantiers d’autres vallées.

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Attention, petite page d’histoire !

Tout commence après la Première Guerre mondiale (notre passion dans la vie, au cas où vous ne le sauriez pas). Il faut reconstruire la France. Si certaines régions s’industrialisent très vite, les départements ruraux et difficiles d’accès comme l’Aveyron sont laissés de côté. La population migre vers les villes. Les champs sont abandonnés. La nature reprend ses droits. Les Raspes s’éteignent doucement mais c’est sans compter quelques astucieux qui se rendent compte du potentiel hydro-électrique du Tarn.

Plusieurs gros chantiers sont lancés comme celui du barrage du Pinet en 1925. Si l’Aveyron manque de bras, on ira les chercher ailleurs, notamment chez nos voisins européens. Des milliers d’Espagnols, de Portugais, de Polonais viennent travailler dans les Raspes pour nourrir leur famille. Ils s’installent provisoirement dans des baraquements à proximité des chantiers et les quittent quand le travail est fini. Pendant plusieurs dizaines d’années, des familles vivent cette existence nomade au gré des embauches.

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La vie à la campagne ne les tente pas spécialement mais l’Aveyron, comme d’autres départements ruraux, est connu pour être « coulant » avec les travailleurs étrangers en leur permettant d’entrer en France en tant qu’ouvriers agricoles puis en changeant facilement leurs cartes de travail sur place pour leur permettre d’être employés dans l’industrie à des postes mieux rétribués. Plusieurs communautés, notamment espagnoles et polonaises, s’installent dans les Raspes. Les ouvriers se marient, luttent aussi pour leurs droits comme pendant les émeutes sur les chantiers suite à l’affaire Zacco et Vanzetti. Il faut nourrir tous ces gens et les bistrots fleurissent, comme en témoignent les enseignes défraichies que nous avons vues dans les villages.

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C’était une petite page d’histoire

L’ère des grands chantiers est aujourd’hui terminée. Aujourd’hui, le barrage du Pinet est un bon spot de pêche, à en croire les deux habitués joviaux qui taquinent la truite ce jour-là.

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On remonte pour finir vers le ravissant village d’Auriac, qui surplombe lui aussi un méandre du Tarn. La vue est superbe, tous ces lieux sont si apaisants pour les citadins que nous sommes. A Auriac, des maisons anciennes ont été rénovées récemment et redonnent du charme au village. Pas d’apéro #3 pour clore cette belle journée (#scandale !!), mais un dernier arrêt sur la rivière pour admirer une cascade… la cerise sur le gâteau.

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Alors si vous passez dans le coin, aventurez-vous dans cette partie magnifiquement préservée des gorges du Tarn, plongez au cœur des Raspes et de leur riche patrimoine, vous ne serez pas déçus ! Et surtout, attardez-vous dans un resto local et parlez avec les gens du coin. Ils ont tous des histoires à raconter sur leur vallée et ont à cœur de les partager !

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C’était un plaisir de passer cette journée avec Amandine de La Lykorne Illettrée, Charlotte de Traces de Voyages, Fanny de Baby meets the world et Patrick aka AligotMan.

Un immense merci à David et Charlène de l’Office du tourisme du pays de la Muse et des Raspes du Tarn pour l’organisation de cette journée, ainsi qu’à Théorème, Francis et les autres personnes qui nous ont si bien accueillis. 


12 réflexions sur “A la découverte des Gorges oubliées des Raspes

  1. C’est un coin d’Aveyron qui me tente énormément et votre bel article renforce mon désir ! Ravie de vous avoir rencontrées, vous êtes Super ❤️

    Aimé par 1 personne

  2. Moi aussi j’ai adoré découvrir ces lieux avec vous, cette journée était top autant en découvertes qu’en rencontres 🙂 Et votre article est super, toutes ces petites anecdotes sont bien placées et m’ont bien fait sourire 😉

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  3. Merci pour cette belle visite dans ces gorges méconnues (pourtant, j’ai dû passer pas loin) et pour cette petite digression historique.Ce coin de France est tellement beau !

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  4. Superbe cet article qui me rappelle de très beaux souvenirs d’un blogtrip super réussi et dans de coins magnifiques que sont les Gorges des Raspes ! Tout y est, et on y retouve à travers ces quelques lignes l’ambiance bon enfant qui régnait 😀 😀 !!! L’aligot c’est la vie !! En tout cas de très belles rencontres via cette journée touristique !!! A bientôt !

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    1. Merci ma petite lykorne !! Je ne sais pas pourquoi, ton commentaire n’apparait que maintenant. C’était bien cool cette journée en tout cas, un super souvenir pour nous aussi !! Gros bisous !

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